Invitation à repenser l’intrication entre la Nature et la technologie


Publié le 3 mai 2011 dans Modélisation, Sociétés

Le rêve, Henri Rousseau, 1910

Débat mou chez Alain Finkielkraut, qui recevait le 19 mars dernier Etienne Klein et Olivier Rey, à l’occasion de la sortie du nouveau livre d’Etienne Klein « Le Small Bang des nanotechnologies ». Quelques envolées cependant qui méritent le détour, et une invitation à relancer un vieux débat :

A propos de Fukushima, Etienne Klein brille encore par son analyse :

L’intrication entre la Nature et la technologie aujourd’hui dans des pays développés comme le Japon, est tellement forte, qu’on ne sait plus très bien s’il s’agit d’une catastrophe naturelle ou d’une catastrophe industrielle.

 

On se souvient des arguments échangés entre Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, après le tremblement de terre de Lisbonne : Voltaire qui dit « Voilà une catastrophe naturelle et nous saurons bientôt grâce aux sciences et aux techniques, prévoir puis prévenir ce type de dommages que la Nature nous inflige. Et Rouseau qui dit « S’il y a des morts, c’est qu’on a mis des immeubles en bord de mer, et qu’on a concentré les populations, qui avant étaient nomades, et qui auraient pu échapper au désastre. »

 

Les termes de ce débat ne peuvent pas s’appliquer au Japon tels quel. Parce qu’il y a eu un Tsunami & un tremblement de terre d’abord, et que la technologie a permis à des villes comme Tokyo, de rester debout. Certes, on a concentré les populations, mais la technologie a fait que cette catastrophe naturelle d’abord, a fait plusieurs dizaines de milliers de morts sans doute. Mais sans ces protections qui viennent de la technologie, il y aurait eu beaucoup plus de morts. Cette catastrophe a été plus violente qu’à Haiti, par exemple.

 

Et en même temps, cela déclenche une catastrophe industrielle. Donc la séparation qu’évoquent Voltaire & Rousseau ne tient plus. Il faut repenser les termes de ce débat, en tenant compte de cette intrication que nous avons désormais avec la technologie, qui empêche de penser un retour à la Nature brute.

Olivier Rey :

La non-technoscience est également porteuse de risques. A en entendre certains, on pourrait avoir l’impression que l’eau qu’on buvait dans le passé était toujours parfaitement pure, avant que les déchets industriels, nitrates et pesticides ne soient déversés dans nos rivières. Mais en fait, avant tout cela, il arrivait que des hommes s’empoisonnent plus gravement encore en buvant de l’eau. On attrapait le choléra avant le developpement de la technoscience. Donc, naturel ne signifie pas sans danger loin de là.

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