Après la main d’oeuvre, le cerveau d’oeuvre

Dans l’ère immatérielle nous sommes passés de la main d’œuvre au cerveau d’œuvre. Le Système d’Information est le bras armé du cerveau d’œuvre – Jean-Pierre Corniou

Du point de vue psychologique, le cerveau d’oeuvre vit dans l’espace mental, que définit le système d’information. Quand vous entrez dans une entreprise, et que vous regardez les gens, ils sont soit devant l’écran/clavier, soit en réunion. Et ce que nous voyons devant l’écran/clavier est stucturé par un système d’information.

Si le système d’information est mal bâti (ce qui est souvent le cas), si notamment la sémantique est mal conçue, si on identifie mal les clients, les êtres avec lesquels on est en relation, si on les décrit mal, le cerveau est mis à la torture. C’est comme si vous portiez des chaussures qui vous font mal.

Le plus grave d’ailleurs, du point de vue humain, ce n’est pas tant cet aspect psychologique, encore qu’il soit important, c’est l’aspect sociologique : à partir du moment où vous employez du cerveau d’oeuvre, inévitablement, vous déléguez à ces personnes des responsabilités : on va demander à un cerveau de prendre des décisions, de prendre des initiatives. Mais le drame a voulu que, nos entreprises restant dans une tradition d’organisation héritée de l’industrie d’autrefois, ne savent pas déléguer la légitimité, qui pourrait rendre la responsabilité supportable.

On vous donne donc des responsabilités, mais pas la légitimité qui doit aller avec. Autrement dit : vous êtes responsable de ce que vous faites, mais si jamais vous avez quelque chose à dire, et bien on ne vous écoutera pas. Si jamais vous avez un incident à rapporter, si jamais vous avez un témoignage de terrain à apporter, vous ne serez pas écouté. Faut pas s’étonner si les gens sautent de la fenêtre du 7ème étage, parce que lorsqu’on a été traité de la sorte, à un moment, on désespère.

Nathan Sawaya – Think