Chaos

Un homme a beaucoup de mal avec l’abandon total, à moins qu’il n’ait découvert sa dimension féminine, ce que Jung appelle son Anima. Mais il a extrêmement peur de cela. Ce que d’une certaine manière, s’abandonner, c’est dépasser le fait de réfléchir en terme de pouvoir : on n’a plus de pouvoir sur l’autre, car on s’en remet à l’autre. Et donc on lui donne le pouvoir.

Éventuellement, une femme n’a rien à en faire, du pouvoir. Elle s’en fiche complètement. Mais c’est tout de même notre manière de faire en temps qu’homme. C’est là où je me dis : peut-il y avoir un amour s’il n’y a pas cet abandon ? Autrement dit, est-ce qu’il peut y avoir un amour, s’il n’y a pas l’assomption, le fait d’assumer la dimension féminine de l’homme, et la féminité de la femme ?

Entre le féminin de l’homme et la féminité de la femme, on retrouve le Chaos, mais dans son sens originel : en grec ancien, le chaos, ça veut dire la fente. C’est exactement le tableau de Courbet : l’origine du monde. Ben oui, le monde est issu de cela. Peut-être métaphoriquement, peut-être symboliquement, mais il est issu de cela. Et il faut en prendre conscience. Il faut arriver à se positionner par rapport à cela.

Alex Grey - Kissing, 1983
Alex Grey – Kissing, 1983