Comment détruire l’esprit

Il y a deux sortes d’anthropophagie : la première est celle où les gens mangent leurs cadavres, car ils refusent qu’un corps soit enseveli dans la terre froide, bouffé par les vers. Ils se le mangent eux-mêmes, afin que leur corps devienne le réceptacle de leurs ancêtres. Ce n’est pas du tout une anthropophagie délirante et grossière. C’est un immense respect pour ceux qui vous ont quitté. Et vous offrez votre corps pour tombe, à ceux qui vous ont quitté. C’est assez superbe. C’est un rituel religieux.

La deuxième anthropophagie est celle où vous mangez vos ennemis. C’est une sorte de guerre absolue : quand vous mangez le corps de vos ennemis, c’est pas seulement pour prendre la force de l’autre, comme on a pu le lire dans la littérature ethnologique. C’est pour lui interdire de devenir un ancêtre. Vous tuez l’ennemi à la fois comme un être vivant, mais vous lui interdisez par là, de devenir un ancêtre protecteur de sa propre famille ou de sa propre tribu. Donc d’un certain point de vue, c’est une guerre poussée à l’extrême : non seulement, on détruit les corps, mais on détruit l’esprit.

Traces d'étoiles — Christopher Ryerson, 2010
Traces d’étoiles — Christopher Ryerson, 2010

Christopher Ryerson : « Cette photo est une erreur, dans le sens où j’avais prévu une exposition de 20 minutes. Elle a duré deux heures, car je me suis endormi »