Don & contre-don

La philosophie m’a vraiment sauvé : je me suis fait frapper par ma mère jusqu’à l’âge de 10 ans, orphelinat de 10 ans à 14 ans, pensionnat de 14 à 17, le bac à 17 ans, je m’en vais, je suis complètement dans la nature et je subviens à mes propres besoins, et la philosophie me sauve.

Elle m’a sauvé de la douleur, de la souffrance, de l’incertitude, du nihilisme, du ressentiment, de l’errance. Du ressentiment surtout : j’aurai pu être dans la haine du monde, dans la méchanceté, dans le pessimisme. J’aurai pu opter pour une option de droite, du genre : « après tout, je m’en suis sorti, j’ai fait ce qu’il fallait. Il y a les forts, il y a les faibles. Si vous ne vous en êtes pas sortis, c’est de votre faute. Vous êtes trop nuls, et puis voilà. » Tout cela était possible. Je peux toujours me dire : après tout, ça m’a sauvé. Peu importe le reste du monde.

Quand on a conscience de la négativité, on tache de ne pas reproduire la négativité.

Don-et-contre-don

Pas besoin de psychanalyse pour cela. Je n’ai pas besoin du divan pour savoir que lorsqu’on a reçu des coups, et bien on n’en donne pas. Quand on a été un enfant maltraité, on ne devient pas un parent qui maltraite. Et je me suis dit « je vais faire l’inverse » : là où j’ai reçu de la négativité, donner de la positivité : on reçoit ce qu’on a donné, donc on récolte ce qu’on a semé. C’est-à-dire que si on donne, si on partage, si on est généreux, si on tend la main, si on est fraternel, si on est solidaire, on doit pouvoir récupérer de la fraternité, du partage et de la solidarité.

Bon, cela fait bien longtemps que je le fais, et puis je découvre que ça ne marche pas forcément comme ça :

Quand vous donnez, il y a des gens qui vous reprochent d’avoir donné.

Un jour, vous payez toujours ce que vous donnez : vous donnez à quelqu’un qui doit le restituer. C’est la logique du don et du contre-don et de la restitution (Marcel Mauss). Vous donnez à quelqu’un qui devient redevable, et qui vous reproche ensuite d’être redevable d’une dette qu’il ne pourra pas honorer. Donc, il se met à vous détester, à vous le reprocher, à vous haïr. Ce n’est pas aussi simple qu’on le croit : ce n’est pas parce qu’on donne de la douceur et de la gentillesse qu’on trouvera de la douceur et de la gentillesse.

C’est souvent parce qu’on a donné cela qu’on obtiendra de la méchanceté. Les choses ne sont pas aussi simples. Ceci dit, ce n’est pas une raison pour ne pas faire cela. Je sème. Cela ne germera pas forcément pas partout et tout le temps. Mais il y aura bien deux ou trois moments, où cela aura lieu.

Michel Onfray — La philosophie pour tous (rts.ch)


Selon Marcel Mauss dans son livre Essai sur le don, le don en tant qu'acte social suppose que le bonheur personnel passe par le bonheur des autres, il sous entend les règles : donner, recevoir et rendre (par le contre-don).
L’acte fondateur en est un don, donc la reconnaissance de l’alter ego (ce qui m’appartenait t’appartient maintenant).
Le deuxième acte comprend l’acceptation du don, le receveur reconnaissant ainsi la valeur du don pour son propre usage (force unificatrice du oui).
Le troisième acte élimine une différence de valeur entre celle que lui accorde le donateur et celle que perçoit le receveur ce qui revient à annuler la valeur matérielle de l’échange pour mettre en avant la valeur sociale de l’échange.
Le don se base donc sur une valeur de sociabilité primaire : la réciprocité.
La spirale du don n'est pas forcément pacificatrice car elle peut devenir infernale, jusqu'à la destruction des objets échangés.
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