En présence d’un profond mystère

Car finalement, vous êtes espace.

Prendre conscience, regarder

Comment se soustraire à cette formidable influence, à cette souffrance humaine collective qui pèse lourdement sur chaque être humain ? Comment faire pour y échapper ? N’essayez pas de le faire. La bonne nouvelle, c’est qu’il suffit d’en prendre conscience. Ce qu’il faut retenir ici, c’est le pouvoir qui se trouve dans le seul fait de prêter attention. De simplement être attentif. De diriger la lumière de la conscience, c’est à dire l’attention, vers la souffrance. Il s’agit de regarder, non pas nommer, cataloguer, mais regarder. Ainsi, lorsque vous sentez monter la souffrance émotionnelle, il y a ce regard. Vous percevez la souffrance, vous la ressentez. Vous appelez la conscience sur elle. En d’autres mots, vous accueillez ce moment tel qu’il se présente.

Si ce moment correspond à l’emergence de la souffrance, la douleur émotionnelle en vous est l’essence de ce moment. Si vous dites : « Je ne veux pas ressentir cette douleur », vous créez plus de douleur. Si vous affirmez : « Je devrais avoir dépassé ce stade », cela ajoute à la douleur, au conflit. Tout simplement. Quoi que cela puisse être, permettez que cela soit. Observez-le. Voilà.

La difficile naissance de l’homme nouveau (inspiré de Salvador Dali)

La racine des souffrances

Peut-on régler le problème de la souffrance humaine sans remonter à la cause ? La racine des souffrances que les être humains s’infligent à eux-mêmes et aux autres, et par conséquent, que l’humanité s’inflige à elle-même.

L’histoire de l’humanité est tissée de toutes ces guerres.Pourquoi ? D’où vient cette folie ? Pourquoi ce besoin, cette apparente incapacité, ou ce refus de vivre ensemble dans la paix ? Pourquoi les êtres humains en sont-ils incapables ? Pourquoi en sommes-nous incapables ? Qu’est-ce qui pousse l’être humain à la violence, non seulement la violence qu’on observe dans le monde, mais aussi la violence qui colore les relations interpersonnelles. Une violence non pas nécessairement physique. La violence au travail. Les luttes pour une part de pouvoir. Une position légèrement meilleure. Plus d’argent et plus de pouvoir. Pour avoir raison contre autrui.

Quelle est la source de la souffrance infligée à soi-même ?

Elle vient du fait qu’on ne connait de soi-même que cette entité mendiante qu’est le moi identifié au mental et son histoire, ses appétits. Car non seulement, cette entité a besoin de plus, elle a besoin de conflits. Il est renversant de se rendre compte qu’il y a en moi quelque chose qui a besoin de conflits pour continuer. Pourquoi le moi identifié au mental a-t’il besoin de conflits ?

Prenons un exemple simple : comme le besoin d’avoir raison, qui est une source importante de conflits dans les relations humaines. Beaucoup de conflits relationnels sont causés par le besoin de défendre le bien fondé de ma position. Pour que j’ai raison, vous devez nécessairement avoir tort. Et il faut déployer énormément d’énergie sur le plan émotionnel pour défendre ma position intellectuelle. Pour faire la preuve que j’ai raison, et que vous êtes dans l’erreur.

C’est l’un des moyens employé par le mental pour obtenir de l’énergie. Car si je peux avoir raison, l’image que j’ai de moi-même s’en trouve légèrement renforcée. La vôtre s’en trouve diminuée. Mais c’est une illusion bien sûr. Cela fonctionne au niveau de l’illusion : j’ai affaibli l’image que vous avez de vous-même, et j’ai renforcé la mienne : j’ai raison ! Je me suis identifié à une position intellectuelle. Je me suis confondu avec cette position. Dans certains cas, le besoin d’avoir raison peut aller jusqu’à la violence physique. Les entités collectives aussi ont besoin d’avoir raison. Nous avons raison ! Notre système de croyance, qui n’est pas identifié comme un système de croyance, et présenté comme la Vérité. Notre système de croyance est notre histoire, mais il n’est pas reconnu pour tel.

Les choses sont ainsi. Nous possédons la vérité. Notre interprétation n’est pas reconnue pour ce qu’elle est : une interprétation. Elle est présentée comme la Vérité : nous avons parfaitement raison, vous avez parfaitement tort. Nous créons de ce fait un ennemi. Et le moi fabriqué par le mental, en tire une énorme satisfaction. Il est facile d’éprouver comme il est satisfaisant intérieurement d’avoir raison contre autrui, de triompher d’autrui. Vous avez démontré à tout le monde que vous aviez raison.

Car finalement, vous êtes espace.

Extrait du livre audio « En présence d’un profond mystère »