La chose cachée

A travers l’alchimie, Jung a rencontré tout un travail de pensées, tout un travail d’expériences intérieures, qui essayaient de compenser ce que le christianisme avait d’une certaine manière laissé dans l’ombre. Lorsque Jung s’intéresse à l’alchimie, souvent on dit : « Oui, mais il est ésotérique. » oui, à condition de prendre ésotérique au sens premier : il essaie de trouver la chose cachée.

La hiérogamie, c’est soit l’union de principes divins entre eux, mais là … silence … je n’en sais rien, je n’ai rien à en dire …, soit effectivement la manière dont le divin se marie à l’humain. Et en même temps, je me dis que ce qui n’a pas été compris chez Jung, c’est souvent la marque de ce qui fait notre pensée à nous. Je veux dire par là, qu’on a un exemple frappant du divin s’unissant à l’humain. Nous le connaissons bien maintenant d’un point de vue historique, aussi bien rapporté par Hérodote que par Lucien de Samosate et par d’autres, c’est-à-dire ce que nous avons appelé les prostituées sacrées : c’est-à-dire des femmes qui incarnaient, qui avaient complètement la déesse en elles, et qui en s’unissant à un homme, éprouvaient l’eros divin en elles, l’eros de la déesse, et qui en même temps transmettaient l’eros de la déesse à cet homme-là.

Edward Hopper - les Noctambules - 1942
Edward Hopper – les Noctambules – 1942

Ce que je trouve extraordinaire, c’est que si on revient au langage originel, c’est nous qui avons inventé l’expression « la prostituée sacrée » au XIXème siècle. Auparavant, si on prend les textes sumériens ou indiens, on parle de servantes du divin, quelqu’un qui n’est certainement pas une prostituée. Et comme l’explique Hérodote, si je me rappelle bien, la prostituée sacrée dans le système sumérien puis akkadien, c’était une prostituée qui ne montait qu’une seule fois dans sa vie au Temple, pour découvrir cette divinité de l’eros qui était en elle. Une fois qu’elle en avait fait l’expérience, une fois qu’elle devenait Eros elle-même, elle devenait la déesse, l’oblate de la déesse, le corps de la déesse d’une certaine manière, elle ne devait plus jamais se donner à un inconnu. Et ça, une prostituée qui ne peut plus jamais se donner à un inconnu, c’est un petit peu curieux dans notre langage à nous.

Cette division de l’occident : ce qui est de l’ordre de la sexualité, c’est une part, ce qui est de l’ordre de la spiritualité, c’est une autre. On voit très bien d’autres cultures ne connaissaient absolument pas cette division.

Edward-Hopper---les-Noctambules-zoom

Hiérogamie

Hieros Gamos ou Hiérogamie, (du Grec hieros = sacrée et gamos = mariage, rapport sexuel), désigne dans la mythologie, une union sacrée à caractère sexuel, un accouplement (parfois mariage) entre deux divinités ou entre un dieu et un homme ou une femme. Dans le domaine de la religion, elle désigne la représentation rituelle par des humains de cette alliance sexuelle divine.

La hiérogamie se situe dans un cadre symbolique, souvent rituel, elle associe à l'activité sexuelle un signifiant d'ordre symbolique ou mystique.

Elle peut qualifier l'union sexuelle de principes divins, mais aussi les pratiques rituelles visant à remettre en scène ces phénomènes divins, ou simplement des relations sexuelles ritualisées, où la consommation sexuelle a valeur de symbole mystique.

Le psychanalyste Carl Gustav Jung la place parmi d'autres symboles fondamentaux universels de l'humanité, dans son ouvrage Métamorphoses de l'âme et ses symboles.
Wikipedia