La conjonction des opposés

La conjonction des opposés se trouve déjà chez Héraclite. Il utilise tout le temps l’image de l’arc : à partir du nœud central, on ne peut tendre la flèche qu’à partir du moment où s’opposent deux forces divergentes (celle qui va vers le haut, et celle qui va vers le bas). C’est ça qui permet à la flèche de partir.

En grec, la vie se dit βίος / bíos et l’arc se dit βιός / biós. Il y a une parenté profonde dans la langue grecque elle-même et sur laquelle joue Héraclite sur cette mise en conjonction entre l’arc, qui donne la mort, et la vie (homonymie). Mais en même temps, je vais encore plus loin qu’Héraclite en disant : pour lancer la flèche en avant, vous êtes obligés de tirer la corde en arrière. Là aussi, nous avons un phénomène de conjonction des opposés.

ying-yang-fish-feature

Ce qui me semble important aussi, ce sur quoi insiste beaucoup Jung, c’est qu’en fait, c’est justement le fait de tenir ces deux opposés qui va en fait fournir une énergie psychique. Si vous ne réunissez pas les deux opposés, comment allez-vous lancer la flèche ? Vous ne pouvez pas. La flèche ne part en avant que lorsque vous tirez la corde en arrière. Si ce n’est pas directement un manifeste de la conjonction des opposés, qu’est-ce que ça peut bien être ?

C’est cette opposition des forces qui fait qu’il y a réellement quelque chose qui se créé, qui va dépasser ce à quoi nous étions soumis jusqu’alors dans une division soit d’un côté, soit de l’autre. C’est le fait de tenir ensemble qui nous pousse en avant. Mais pour aller en avant, il faut aussi revenir en arrière. Et donc, si nous voulons avoir une action dans le temps, cela veut dire que nous sommes obligés de nous ancrer dans le non-temps, ce d’où le temps a surgi…

Poissons-yin-yang