La force de conviction

Mais si tu aspires à vivre dans un monde où la protection de la vie privée serait maximale, faire quelque chose qui pourrait te conduire en prison, où ton intimité est réduite à néant, ce qui en serait la parfaite antithèse, comment en es-tu arrivé à te dire que cela pouvait valoir le coup ?

Je me rappelle ce qu’était l’Internet avant d’être surveillé. Il n’y a jamais eu quelque chose de comparable dans l’Histoire de l’Humanité : des enfants d’une partie du Monde pouvaient avoir une discussion d’égal à égal — où en quelque sorte on accordait un respect équivalent à leurs idées et leurs paroles — avec des experts venant d’une autre partie du monde, sur n’importe quel sujet, n’importe où, n’importe quand, tout le temps. C’était libre et sans retenue.

Nous avons vu le ralentissement, le déclin et la mutation de ce modèle vers quelque chose où les gens modèrent leurs opinions. Ils plaisantent même sur le fait de finir sur LA liste s’ils font des dons pour une cause politique ou s’ils disent quelque chose dans une discussion.

Cela est devenu comme prévisible, on s’attend à être surveillés. Beaucoup de gens auxquels j’ai pu parler font attention à ce qu’ils tapent dans les moteurs de recherche, parce qu’ils savent que c’est enregistré. Ca limite le champ de leur exploration intellectuelle.

Je préfère plutôt risquer l’emprisonnement ou toute autre conséquence néfaste, plutôt que de risquer toute limitation de ma liberté de pensée et de celles et de ceux qui m’entourent, qui m’importent au même titre que ma personne.

Encore une fois, je ne vis pas cela comme un sacrifice personnel, parce que ça me permet de me sentir bien, humainement parlant, de savoir que je peux contribuer au bien d’autrui.

Première interview d’Edward Snowden, avant la publication des révélations — Extrait de Citizen Four

Carte d'Internet
Carte d’Internet