La honte

On dépend de ce qui est.

La timidité est-elle un précurseur de la honte ?

Pas forcément. On voit beaucoup de gens timides qui avec l’âge, apprennent à s’exprimer. Et la timidité passe. Très souvent, très souvent, très souvent, les gens ont honte après un trauma, alors qu’ils n’ont aucune raison objective d’avoir honte. C’est un accident de la vie. Et bien ils ont honte.

L’exemple le plus flagrant, c’est les femmes agressées sexuellement qui vont peu au commissariat, parce qu’elles ont honte d’avoir été agressées. Elles sont coupables de quoi ? De rien ! Et pourtant, elles ont honte d’y aller, parce qu’elles savent qu’en racontant ce qui leur est arrivé, elles vont planter dans l’âme de l’autre une représentation de soi dégradée :

Il va comprendre que je suis humiliée.

Honte

C’est-à-dire qu’on est en pleine inter-subjectivité : ce que je vais dire va modifier son âme, et même si je ne le dis pas, il va avoir un regard sur moi, même pré-verbalement, il va avoir un regard sur moi qui va me faire honte.

Je viens de lui donner le pouvoir de me faire honte, si par malheur je dis ce qui m’est arrivé. Si je ne dis pas, je vais souffrir en secret. Si je dis, en plus de ma souffrance et de mon humiliation, j’aurais honte sous son regard. Et c’est moi qui lui aurait donné ce pouvoir, en lui racontant ce qui m’est arrivé. On est en pleine inter-subjectivité.

Que considères-tu comme ce qu’il y a de plus humain ?
— Epargner la honte à quelqu’un.

Quel est le sceau de la liberté réalisée ?
— Ne plus avoir honte devant soi-même.

— Nietzsche, Le Gai Savoir, 1901