La mémoire traumatique

Quand la mémoire est saine, elle est évolutive. Si j’avais eu à raconter mon autobiographie à l’âge de 20 ans, j’aurais raconté des choses essentielles, c’est-à-dire : mes performances au football, mes performances au sprint, la manière dont je courtisai les jeunes filles, les choses importantes de la vie ! Aujourd’hui, je fais une toute autre autobiographie : la mémoire saine est une mémoire évolutive, qui change selon les âges et qui change selon les contextes, ce qui explique d’ailleurs les étonnantes différences qu’il peut y avoir entre des frères et des sœurs, qui racontent leurs parents, et qui ne racontent pas les mêmes parents pour autant. D’une part parce qu’ils n’ont pas les mêmes parents : les parents ne réagissent pas de la même manière pour un petit garçon ou une petite fille, ne réagissent pas de la même manière pour le premier enfant ou le cinquième, ne réagissent pas de la même manière pour un enfant doux alors qu’ils voulaient un enfant puncher ou inversement…

Déjà ce qu’est l’enfant évoque dans le monde mental des parents, des émotions. Et l’expression de leurs émotions organisent autour de l’enfant une niche sensorielle qui tuteurise le développement des enfants. Il y a dans la mémoire une mémoire particulière qui est celle des traumatismes. Quand on a eu des traumatismes, la mémoire est déchirée : on se fait une représentation de soi qui est déchirée.

Pour définir le traumatisme, il faut distinguer le trauma, qui est le coup, et le traumatisme, qui est la représentation du coup.

— Anna Freud, fille de Sigmund

Les animaux souffrent une fois : ils ont mal, ils crient, ils s’enfuient. Nous, êtres humains, nous pouvons souffrir deux fois : une première fois du coup, et une deuxième fois de la représentation du coup : « Pourquoi il m’a dit ça ? Pourquoi elle m’a fait ça ? Qu’est ce que je lui ai fait pour qu’il me fasse cela ? … »

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— Photos : Metamorphosis — Me & Edward