La mort de l’Homme psychologique

Au fond, les Pères de Cappadoce, comme tous les moines, comme tous les mystiques, ce sont ceux qui ont fait une expérience inouïe. Et ils ont découvert les sources inouïes de l’existence à travers les formes, les sources inouïes d’eux-mêmes. C’est cela qu’ils veulent dire. On essaie de le transcrire par la Trinité, et on essaie d’éviter les déviations de l’Homme psychologique qui va avoir tendance, en croyant parler de ces sources et de cette expérience, à gauchir cette dernière.

Et donc, faire de la théologie, c’est être très ferme sur le langage, sur l’expression, sur l’équilibre pour qu’il n’y ait pas un moment de déviation. Et que la pire des choses, c’est que l’Homme ait oublié le mouvement de l’Esprit, et ne soit plus que dans une relation de face à face avec Dieu, où il a oublié l’Esprit de Dieu et l’Esprit de l’Homme.

Passion
Passion

Je crois que, quand Dieu est décrit comme Océan de Vie, c’est ce qui se passe quand l’Homme psychologique voit Dieu. C’est-à-dire, l’Homme psychologique voit sa propre perte. Et il voit, à travers sa propre perte, la Vie qu’il n’a jamais vue.

La plus belle chose qui puisse nous arriver, c’est de mourir en tant qu’Homme psychologique.

Et l’Océan de Vie, dans lequel je vois un Néant plein de lumières … c’est quoi ce Néant plein de Lumières ? C’est l’absence en moi de l’Homme psychologique. C’est le moment où, tout d’un coup, je laisse enfin la vie s’exprimer sans vouloir la retenir, et sans avoir ce que Nietzsche appelait de calculs, d’arrière-pensées. Donc, je me laisse totalement porter par cette onde. Et je me découvre vivant, dans la mesure où je ne contrôle pas.

Ce sont des choses très importantes, qui renvoient dans toutes les mystiques, et qu’on pourrait appeler dans un langage très contemporain : le lâcher prise, l’abandon total. C’est cela qui se passe, qui est extraordinaire pour l’Homme, parce que nous, nous sommes sans nous en rendre compte, dans une préhension, dans une captation, dans une possession. Et je crois qu’il y a tout à coup cette libération intérieure, qui est le plus beau jour de la vie d’un être humain.