La performativité algorithmique

Evidemment, le pouvoir cherche toujours à prendre le contrôle des attentes, pour soumettre les attentes des individus à ses propres intérêts. Selon l’article de Chris Anderson, les Big Data annoncent la fin de la Théorie. La technologie derrière les Big Datas est ce qu’on appelle le High Frequency Computing, le calcul intensif qui porte sur des données massives. Ces données, ce sont vous et moi qui les produisons en permanence, très souvent sans le savoir d’ailleurs. Aujourd’hui, ces données sont traitées en temps réel à la vitesse de la lumière, et ce sont des rétentions tertiaires (souvenirs stockés sur un support de mémoire) non plus littérales (depuis l’invention de l’écriture), imprimées (depuis Gutenberg) ou analogiques (depuis l’avénement des médias), mais numériques.

Et c’est parce qu’elles sont numériques, qu’elles sont computationnelles et que donc les algorithmes peuvent totalement les exploiter à la vitesse de la lumière, sur des échelles globales de plusieurs centaines de milliards de datas, et avec des dispositifs de calculs qui sont implantés absolument partout sur la planète (dans les smartphones, les mobiliers urbains, les automobiles (500 capteurs de datas dans les voitures d’aujourd’hui), les téléviseurs (la télé connectée : une caméra vous filme dans les dernières tv), … ). Tout cela repose sur une captation des datas et de leur traitement qui peuvent être 4 millions de fois plus rapide que vous.

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L’autocomplétion

Lorsque vous commencez à taper une requête, cela prend 1/50ème de seconde pour aller de votre cerveau à votre main, puisque le signal électrique neurologique circule à 50 mètres par seconde en moyenne sur un nerf. Sur les fibres optiques, le signal circule à 200 millions de mètres par seconde. La machine va 4 millions de fois plus vite que vous. En tenant compte des temps de latence, on peut descendre à 100 000 fois plus vite. C’est extrêmement lent pour la machine, mais cela reste extraordinairement puissant pour nous.

Women cannot

Et donc, quand vous commencez à taper une requête, l’autocomplétion vous propose des mots à la place de ce que vous aviez l’intention de faire, parfois en utilisant votre ou vos doubles numériques. Le système exploite les rétentions secondaires (terme Husserlien qui désigne les souvenirs) que vous avez engendrées. Il les traite à la vitesse de la lumière. Il produit avec des protentions (terme Husserlien qui signifie l’anticipation du moment suivant) qui ne sont pas les vôtres, qui sont les siennes et qu’il fait passer pour les vôtres …

Women should

Et qui fait que vous allez faire des choses, que vous n’aviez pas du tout l’intention de faire, sans même vous en rendre compte, parce que vous avez l’impression qu’on vous rend un grand service (ce qui peut être vrai en plus). Mais vous abandonnez vos protentions, c’est-à-dire vos désirs, vos intentions, votre anticipation du moment suivant.

Vous devenez de plus en plus téléguidés, télécommandés, mimétiques.

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