La position du Moi

On voit très bien comment le psychotique, je dirai, est dans l’abandon du Moi, le moi n’existe plus d’une certaine manière, et on voit très bien que beaucoup de mystiques, au bout de leur chemin même, parlent de cet abandon du Moi. En même temps, il ne s’agit pas du même abandon du Moi.

Les mystiques certainement, mais même des êtres simplement dans un parcours d’individuation, d’analyse ou non, doivent d’abord avoir construit une personnalité extrêmement solide, tant sur le plan du Moi que de la réalisation sociale. Avant qu’il ne soit question de commencer à sacrifier ce Moi, il faut d’abord l’avoir construit.

Or, le problème du psychotique ou du borderline, c’est bien justement que sa personnalité consciente n’est pas suffisamment structurée, n’est pas suffisamment flexible. Et souvent, totalement sans défense. Donc à la moindre poussée, on va trouver un gouffre derrière et un écroulement va s’ensuivre.

Dans le cadre du mystique, on peut l’appeler pathologique et psychotique dans la mesure où le Moi est tout à fait réduit non pas à rien, mais réduit à l’acceptation de ce qui est vécu, ce qui est assez différent. Alors que dans la pathologie, il est réellement détruit. Mais je ne crois pas qu’il faille maintenir l’idée de psychose chez les grands mystiques, qui ont montré que dans la réalité, ils ont réalisé des tas de choses, et qui ont été reconnus a posteriori comme ayant fait des actes importants et qui ont transformé la société.

Donc sincèrement, les psychiatres doivent s’arrêter à un moment de psychiatriser leurs patients. Il faut s’arrêter de décrire la maladie mentale là où manifestement l’évolution démontre qu’elle ne l’est pas.
Dormant