La société automatique

Nous vivons le temps de l’automatisation généralisée. Et dans ce contexte, certains croient pouvoir parler, en particulier aux Etats-Unis, de post-humanisme. A l’horizon de l’automatisation généralisée, se projettent les figures du Cyborg, ou du Golem. Quoi qu’il en soit, dans ces figures comme celle du Cyborg, les automatismes biologiques et les automatismes psychiques sont réagencés par et avec des automates technologiques.

Le sujet dont je vais essayer de vous parler aujourd’hui, c’est celui des nouveaux rapports qui seraient en train de se tramer en ce moment-même, et qui constituent une question politique et économique entre automatismes biologiques, automatismes technologiques et automatismes psychiques, et tels que ces nouveaux rapports pourraient rendre possible aussi bien une augmentation de l’autonomie qu’une régression généralisée.

A travers ces réagencements, qui sont en train de s’opérer en ce moment-même, il semble que ce qui se produisait depuis deux millions d’année, comme hominisation, telle que la concevait André Leroi-Gourhan, c’est-à-dire comme un processus d’extériorisation technique, il semble que ce processus d’extériorisation se retourne sinon contre lui-même, du moins en lui-même. S’invagine, comme aime bien le dire Jacques Derrida, c’est-à-dire entre en lui-même en se retournant, comme un gant.

Je dis ça car la technologie, c’est de plus en plus ce qui s’intériorise, et de moins en moins ce qui s’extériorise. On parle désormais en Amérique, d’enhancement, c’est-à-dire d’augmentation. (Une philosophie de l’enhancement qui se développe aux Etats-Unis en ce moment très fortement, qui est d’ailleurs un programme industriel). On en parle moins au sens où il s’agirait d’ajouter des organes supplémentaires et nouveaux au corps humain, que comme une modification et une transformation des organes qui constituent le corps psychosomatique, en le réaménageant technologiquement de l’intérieur, afin de rendre cet intérieur (qu’autrefois on appelait l’âme) compatible avec le pilotage d’automates périphériques.

Par exemple, et ce sont des choses aujourd’hui extrêmement concrètes qui se développent dans les hôpitaux au bénéfice des hémiplégiques : les personnes qui n’ont plus de motricité, télécommandent maintenant avec des électrodes plantées dans leur cortex, des automates ou des machines.