La vie intérieure

Le temps de l’effondrement des institutions

Nous vivons le temps de l’effondrement des institutions, où chacun veut prendre sa vie intérieure en main et à en devenir responsable, réellement. Et non pas à en rendre compte à une institution, ce que d’ailleurs je trouve extrêmement bien, et je regrette qu’on ait mis tellement de temps pour arriver à cet état de choses. Cela dit, il faut en même temps ne pas faire de l’angélisme. Je veux dire que d’une certaine façon, il est beaucoup plus difficile contrairement à ce qu’on croit souvent, de mener réellement une expérience intérieure que de suivre les canons d’une église. Lorsqu’on est dans une réelle expérience intérieure hors de toute église, et c’est le cas d’énormement de gens aujourd’hui, il est évident qu’on est livré à soi-même, avec tous les risques d’illusion qu’il peut y avoir.

Les premiers risques, c’est de ne pas faire le travail de connaissance profonde de soi, de reconnaissance de la partie d’ombre, de la partie de refoulé que nous avons en nous, qui fait qu’autrement nous pouvons nous tromper et tomber dans des états mystiques totalement illusoires, qui ne seront en quelque sorte qu’une inflation de notre moi idéalisé, et non pas du tout la façon de faire place justement à quelque chose d’autre qui nous vient et qui est réellement du côté du spirituel.

C’est extrêmement important, car cette illusion existe beaucoup dans les milieux dans lesquels j’évolue : il suffirait de vivre sa propre vie intérieure pour que tout se passe bien. Et bien ce n’est pas vrai. Ce n’est pas comme cela. Se prendre en main, c’est la chose la plus difficile, et d’une certaine façon, c’est la chose la plus risquée.

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Il faut bien voir que si on est au-delà de l’illusion, si on rencontre quelque chose qui est de l’ordre du sacré dans notre vie – je ne vais pas dire du divin pour écarter toute théologie -, on croit que le sacré est paradisiaque. On ne se rend pas compte que le sacré, c’est rencontrer quelque chose de l’infini. On risque d’y succomber : dans certains cas, on risque la psychose, dans d’autres on risque la mort pure et simple… d’être absolument foudroyé.

Il y a dans le sacré cette puissance de l’infini, de l’illimité, que nous ne sommes pas toujours préparés à recevoir, et que c’est je dirai, à ses risques et périls que l’on vit ce genre d’expérience.

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