L’acentrisme absolu : les multivers

Certains s'aventurent à imaginer que notre Univers ne serait qu'un parmi d'autres : c'est la théorie du Multivers.
Notre Univers, si vaste soit-il, serait un parmi d’autres, et tous flotteraient dans un « multivers », ou aux côtés de multiples univers. Cette hypothèse a été lancée voilà plus d’un demi-siècle et divise le monde scientifique. Mais des physiciens viennent d’établir une carte des irrégularités de notre Univers qui pourrait témoigner de collisions inter-univers.
Aurélien Barrau, professeur au Laboratoire de Physique Subatomique et de Cosmologie de Grenoble, enseignant à l’Université Joseph Fourier - Grenoble I, et spécialisé dans la cosmologie et l'astrophysique des hautes énergies, était l'invité de France Culture. J'ai beaucoup apprécié la clareté de ses explications : on l'écoute comme on lit un livre.

Pourquoi les astrophysiciens ont imaginé d’autres mondes possibles ?

Cela s’inscrit dans le sens de l’histoire : notre pensée est ancrée dans le mythe de l’Un et le mythe de l’Ordre. C’est une très bonne occasion de tenter de les déconstruire. Le fil de l’histoire est un peu celui-là : on a eu une ère géocentrée (centrée sur la Terre), puis héliocentrée (centrée sur le Soleil), puis galactocentrée (centrée sur notre voie lactée), puis cosmocentrée (centrée sur notre Univers). On entre peut-être dans une ère d’acentrisme absolu. Ce serait une nouvelle blessure narcissique : notre Univers lui-même déchu de son pied d’estale, est réinterprété comme un ilot dérisoire et contingent dans ce vaste multivers.

Mais il ne faut pas présenter les choses ainsi : les astrophysiciens n’inventent pas le multivers. Cependant, si le multivers existe, le gain conceptuel et ontologique est considérable, pour une raison simple : les lois de la physique semblent finement ajustées pour l’existence de la complexité. Si on change un tout petit peu une quelconque constante fondamentale, on se retrouve dans un monde pauvre, sans complexité, sans chimie, essentiellement morne et uniforme, pas du tout diapré et foisonnant que nous observons.

Il y a trois solutions, très simplement : soit on a eu une chance extraordinaire dans le coup de dés initial et les lois de la physique se sont figées dans cet ilot absolument improbable permettant l’existence de la complexité. Soit les lois ont été orientées par un dessinateur intelligent, donc Dieu pour ne pas le nommer, vers l’existence de la vie et de la vie humaine plus particulièrement (c’est l’hypothèse théologique et téléologique, c’est-à-dire finaliste. Soit, les dés ont été lancés un grand nombre de fois.

Ne vous semble-t’il pas que cette troisième explication est assez tentante ? C’est exactement celle du multivers.

Le principe anthropique

Beaucoup d’erreurs et d’incompréhensions ont été dites au sujet du principe anthropique. Dans le cadre scientifique, il ne s’agit en aucun cas d’expliquer les lois à partir de l’existence d’êtres humains. C’est un contre-sens absolu.

Le principe anthropique est un principe d’humilité : n’oublions pas que le simple fait que nous observions est en soi une observation. C’est simplement une manière de tenir compte que s’il existe une distribution d’Univers, par modestie en quelque sorte, il faut se souvenir que l’Univers que nous habitons n’a pas vocation à être moyen, à être aléatoire, dans cet ensemble de multivers. Il peut ne pas être représentatif de l’ensemble.

C’est un rappel d’une évidence pour tout scientifique, à savoir le biais de sélection. Autrement dit : l’échantillon dont on dispose n’est pas n’importe lequel échantillon. C’est celui sur lequel on se trouve. Notre planète n’est pas n’importe quelle planète. Elle est très particulière. C’est la même idée.

A lire également : Aurélien Barrau, quelques éléments de physique et de philosophie des multivers (PDF, 130 pages)

Des physiciens veulent prouver l’existence de multiples univers

Universum – Camille Flammarion, gravure sur bois, Paris 1888