L’apparition du temps de la matière

En physique, l’ordre dans lequel on fait les mesures jouent sur le résultat de la mesure. C’est ce qu’on appelle la non-commutativité des observables. Dans ce cadre-là, le temps ne serait plus qu’une réalité secondaire surnageant au-dessus de structures physiques plus profondes que le temps lui-même, et ne le contenant pas à toute petite échelle. On pourrait même parler d’une thermodynamique de l’espace-temps. L’espace-temps serait une émanation qui apparaîtrait à une certaine échelle.

Le théâtre quantique

C’est l’effervescence quantique qui engendre le passage du temps
L’aléa quantique est le tic-tac de l’horloge divine

Alain Connes

Un état sur une algèbre non-commutative est capable d’engendrer son propre temps.

L’horloge des anges ici-bas

L’anagramme du boson scalaire de Higgs, c’est L’horloge des anges ici-bas. Il se trouve que c’est exactement le rôle que le boson de Higgs a en physique. Les anagrammes sont liés à la non-commutativité des lettres dans les mots. Si les lettres commutaient, Obelix aurait la même signification que Ilebox.Ce qu’on vient de comprendre au CERN en découvrant le boson de Higgs, c’est que la masse des particules élémentaires n’est pas une propriété intrinsèque des particules. C’est pas une propriété qu’elles portent en elles-mêmes. C’est une propriété secondaire qui résulte de leur interaction avec le vide, qui du coup n’est pas vide puisqu’il contient le champs scalaire de Higgs. Ce qu’on a découvert à CERN, ce sont les quantas de ce champs, c’est-à-dire les bosons de Higgs.

Le-temps-de-la-matiere

Cosmologie

Dans l’Univers primordial, les particules élémentaires n’avaient pas de masse. Toutes les particules allaient donc à la vitesse de la lumière, jusqu’au moment où il s’est produit ce qu’on appelle une brisure spontanée de symétrie, qui a engendré le champs de Higgs.
Une brisure spontanée de symétrie est une situation dans laquelle notre façon de la décrire est plus symétrique que le phénomène en question. Voici une métaphore critiquable mais qui permet de comprendre : il est des situations dans la vie, où notre façon de décrire ce qui se passe est plus symétrique que la réalité. Par exemple, il existe parait-il des endroits où des maris cherchent des jeunes filles et des jeunes filles cherchent des maris. Je ne sais pas où c’est, mais en tout cas il parait que ça existe. Quand je dis ça, je donne l’impression qu’il y a une symétrie entre les jeunes filles et les maris. Mais en fait c’est pas vrai, car quand un mari cherche une jeune fille, il cherche une jeune fille qui est une jeune fille. Alors que quand une jeune fille cherche un mari, elle cherche un homme qui n’est pas encore un mari. La situation est moins symétrique que notre façon de la décrire.

Il s’est passé une brisure spontanée de symétrie, qui a installé le champs de Higgs. Et tout d’un coup, les particules qui étaient sans masse ont acquis leur masse par interaction avec le champs. Or vous savez qu’en théorie de la relativité, qui dit masse dit temps propre. Autrement dit, pour qu’une particule ait un temps propre, il faut qu’elle ait une masse. Et donc, l’apparition du champs de Higgs, c’est l’apparition du temps de la matière. C’est le moment à partir duquel les particules ont un temps propre.

Avant les particules étaient des espèces d’anges sans masse, et tout d’un coup, ces particules se temporalisent par le fait qu’elles deviennent massives.

Le boson scalaire de Higgs, la particule associée à ce champs, c’est vraiment l’horloge des anges ici-bas, ce qui veut pas dire qu’on ait résolu la question du moteur du temps, mais on voit bien que la condition pour qu’un temps propre soit défini est que les particules soient massives.

Etienne Klein — D’où vient le temps qui passe ? Conférence à la BnF du 8 janvier 2014