Le corps médical

Une partie de la valeur médicale va partir vers les infomédiaires. Tous les algorithmes dont nous parlons ne se trouvent en France. Ils sont entre la Corée du Sud, la Chine et les Etats-Unis. De même que le web a fait partir du pognon du Figaro et de TF1 vers Mountain View, la techno-médecine va faire partir du pognon des docteurs européens vers les infomédiaires de la zone Asie Pacifique, ce qui va être une source d’appauvrissement : nous sommes quasiment absents de ces technologies-là, ou nous avons quelques confettis, qui sont aux grandes entreprises NBIC de la zone Asie Pacifique ce que Doctissimo est à Facebook ou à Google, c’est-à-dire des nains absolus.

La génomique : fusion de la médecine et des technologies de l’information

La génomique, c’est un tout petit peu de chimie, sur des machines de séquençage qui deviennent de plus en plus banales. Et c’est principalement de l’IT. A partir de 2015, les médecins vont être vraiment confrontés à un vrai Tsunami génomique, à une vraie tempête digitale. C’est une révolution du IT. Le séquençage complet d’un ADN humain pèse 10 To. On est juste très au-delà de ce qui est juste concevable pour un docteur. Ce déluge de data va redistribuer le pouvoir médical. Les médecins n’y sont pas du tout préparés, et s’y attendent très peu. Les médecins sont aussi peu préparé à l’arrivée du Big Data dans leur jardin, que Kodak était préparé à l’arrivée de la photo numérique, et que le Figaro était préparé à l’arrivée de Google. C’est vous dire.

Marechal Ferrant

Nous allons ainsi passer d’un système d’organisation de la santé avec un marketing de masse, des stratégies de professionnelles vers le soin, des structures décentralisées avec des expertises locales, à une médecine 2.0 avec un marketing ciblé, des analyses centrées sur la biologie moléculaire, des structures centralisées avec des systèmes experts mondiaux, et puis une télé-expertise.

Il y a aussi peu de place pour cinquante logiciels d’analyse du génome, que de la place pour cinquante moteur de recherche sur le web. Ce sont forcément des oligopoles, parce qu’on est dans un système de rendement d’échelle, où il ne peut pas avoir qu’un oligopole, voir un monopole. Les systèmes experts seront peu nombreux, et seront très centralisés. Ils seront à l’origine d’un pouvoir de même nature que celui de Google. Peut-être d’ailleurs détenu par Google. Tout ceci est une équation redoutable pour les professionnels de santé.

Il est probable que ces évolutions technologiques vont entraîner une marginalisation, un déclassement, une paupérisation, une fragmentation, un contournement du corps médical. Le corps médical n’a pas fini de souffrir. Le système de santé va être rebooté, et les professionnels de santé vont avoir du mal à comprendre qu’ils vont devoir outsourcer leur cerveau dans le cloud computing. Déjà, rien que quand on leur énonce ça, ils ne comprennent pas. En temps que professionnel, je crains que les médecins soient les Maréchaux-ferrants du XXIème siècle.

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