Les neurones miroirs

On fait écouter à un pianiste virtuose un morceau de Chopin, et on voit que son cerveau brille et scintille dans tous les sens, parce qu’il fait pratiquement les mêmes gestes dans son cerveau que le pianiste qu’il écoute. En revanche, lorsque on enregistre ce qui se passe dans le cerveau de quelqu’un qui ne sait absolument pas jouer de piano, on voit qu’il y a des éléments qui s’allument. Il y a une espèce d’effort d’imitation, mais c’est un effort d’imitation qui n’ayant aucun entrainement reste très stérile, très limité. On voit qu’il y a quelque chose, mais ce n’est pas bien entendu l’explosion symphonique qui se produit chez un grand artiste.

Le-désir-mimétique-feature

Le premier cerveau historiquement, c’est celui avec lequel les psychologues et les philosophes ont dialogué. C’est celui dont parlait Descartes quand il disait : « je pense donc je suis ». Au XIXème siècle, on a découvert que ce que j’appelle le premier cerveau était le siège de la motricité, de la sensibilité, de la sensorialité, qu’il contenait le centre du langage et de la mémoire. C’est le cerveau cognitif, rationnel. C’est le cerveau de la connaissance.

Dans les années 80, Joseph Ledoux, Antonio Damasio et Coleman ont dit non : le premier cerveau dont on mesure l’efficacité par le Quotient Intellectuel n’est absolument pas suffisant : les maladies neurologiques qu’Antonio Damasio a étudié ont montré qu’à l’évidence, un deuxième cerveau, émotionnel, qu’on appelle le cerveau limbique, anatomiquement situé en-dessous du cortex cérébral. Et que ce cerveau limbique est le siège des émotions, des sensations, des sentiments et de l’humeur. Tout ceci sont des éléments affectifs, et il existe une mémoire affective, celle que Proust cherche à ressusciter dans « A la recherche du temps perdu« , et qu’il y a une intelligence affective sans laquelle l’intelligence purement rationnelle est inopérante, inefficace.

Jusqu’en 1996, une équipe de chercheur italien a découvert les neurones miroirs : si je vous regarde en train de boire un verre d’eau, si j’enregistre votre PET Scan, je vois dans votre cerveau s’allumer les zones concernées pour prendre le verre, le remplir, le porter à votre bouche et le déglutir. Si on enregistre mon PET Scan, alors que je ne fais que regarder votre action, on constate que les mêmes zones dans mon cerveau sont activées et s’allument de la même façon. En d’autres termes, il y a dans notre cerveau des éléments miroirs qui font que mon cerveau est le reflet du votre et le votre est le reflet du mien, et que par conséquent, nous ne pouvons pas faire autrement que de nous imiter, et si nous ne nous imitons pas de nous préparer à l’imitation de ce que fait l’autre. C’est un mécanisme qui fonctionne à coup sûr. C’est la plus grande découverte en neurosciences du XXème siècle.

Ce mimétisme fonctionne également par écran interposé, pas uniquement avec la personne réellement en face de soi. Et il y en a un exemple parfait. Ce sont les films pornographiques, qui entraînent chez les spectateurs une forme ou une autre de réactions. C’est une expérience que l’on peut faire quotidiennement si je puis dire.

L’écran fonctionne à condition que l’écran représente des être humains.

Le-signe-mélomane