Le désir, piégé dans l’infini du web

Peut-on trouver sa singularité dans l’infini du web ?

C’est le paradoxe : jamais le désir du consommateur n’a été autant stimulé comme aujourd’hui. Est-ce qu’il est stimulé ou détruit ? Qu’est-ce que stimuler le désir ? C’est très compliqué. Le désir, c’est toujours le désir d’une singularité. On ne peut pas désirer ce qui parait commun. On désire quelque chose parce qu’on le considère comme singulier. Il peut très bien ne pas l’être, puisque le désir est avant tout un processus de projection fantasmatique. Mais tant qu’on désire la chose, la personne, l’objet, n’importe quoi, c’est parce qu’on attribue à cet objet du désir une singularité, une incalculabilité, une incomparabilité.

Il se trouve qu’aujourd’hui, les techniques de marketing, qui ont été développées au début du XXème siècle aux Etats-Unis, visent à créer un artifice de désir et une pseudo-singularité, qui en réalité est déceptive. C’est-à-dire qu’elles conduisent nécessairement, à plus ou moins long terme, à une déception de son attente (pour avoir besoin d’acheter à nouveau).

Je pense que cette captation de la libido, qui consiste à massifier la libido, est en fait une destruction de la libido. Parce que, pour désigner un objet comme singulier, il faut avoir le sentiment d’être soi-même singulier.

Quand vous désirez un objet singulier, en réalité vous projetez dans cet objet, votre propre singularité. C’est-à-dire ce qui est en vous, votre altérité, et qui est votre avenir en quelque sorte, ce que de vous-même vous désirez comme la singularité de ce qui vous reste à vivre, en quelque sorte.

L’hyper-consommation, les matins de France Culture. Très grands remerciements à Christian Fauré

Le désir, piégé dans l’infini du web