Le féminin

Dans les textes sacrés, le féminin vient à incarner cette figure de l’inaccessible, ce caché, ce voilé. Il y a quelque chose de très différent à définir que le féminin c’est le caché, c’est le secret, c’est bien souvent l’image du sacré inaccessible.

La Pudicizia - Antonio Corradini - Naples, 1752
La Pudicizia – Antonio Corradini – Naples, 1752

Mais pourquoi réduire les femmes à cela?

La question est loin d’être évidente, et ce raccourci a longtemps été très partagé tout au long de l’histoire des religions. Dans la genèse, si l’Adam, c’est l’humain, évidemment dans tout être humain, il y a du féminin et du masculin. Ca résoudrait à ce moment-là la question. Et ce voile que l’on veut faire porter aux femmes, en réalité, il faut le faire porter à soi-même. Et c’est cela dont on parle, quand on parle de pudeur réinvestie. C’est cette pudeur de soi à soi, de soi à Dieu, et cela n’a plus rien à voir avec une oppression faite aux femmes. Cela n’a plus rien à voir avec une obsession religieuse.

Il y a quelque de fascinant dans la peur de la perte de contrôle, qui vient souvent justifier. On dit aux femmes : « tenez-vous à distance, parce que l’homme risquerait de perdre contrôle sur ses pulsions et pourrait ne plus se maîtriser. »

Il y a un paradoxe dans les textes. Très clairement, il est écrit que ce qui définit le masculin par rapport au féminin, c’est la capacité du contrôle. Le masculin a quelque chose à voir avec la capacité à être en contrôle de ses pulsions, alors que le féminin, et ce n’est pas propre au judaïsme mais dans de nombreuses religions, a à voir avec l’incontrôle. On n’est pas en situation d’autonomie et de contrôle. Le paradoxe de l’obsession de la pudeur, c’est que l’homme dit à la femme : « cache-toi car je risquerai de perdre contrôle. » Or le propre du masculin est d’avoir ce contrôle et de ne pas le perdre.

D’où mon interprétation : l’homme dit à la femme : « éloigne-toi, parce que je risque en cédant à la tentation de devenir toi« . Parce que l’homme qui cède à la tentation est du coup féminisé.

Antonio-Corradini---La-Pudicizia-(2)---1752