Le sens de la nuance

Je me suis rendu assez fort pour aimer mes origines, alors que je ne connaissais pas mes origines lorsque j’étais enfant. Mais on me disait avant la guerre et même après la guerre que ces origines étaient honteuses : c’était des immigrés. C’était des gens de moindre valeur que ceux qui étaient là depuis … tout le temps.

Il faut longtemps pour se muscler, vous savez : quand j’étais petit, je suis parti avec un handicap, avec cette enfance fracassée, mais la difficulté d’exister a été encore plus grande après la guerre que pendant la guerre, parce que pendant la guerre le monde était clivé en deux, et le monde mental d’un enfant est binaire : tout ce qui n’est pas grand est petit, tout ce qui n’est pas gros est maigre, tout ce qui n’est pas homme est femme. Toc ! tranquille.

Et il faut beaucoup d’expérience pour apporter un peu de nuances, et pour savoir qu’on être plus ou moins grand, plus ou moins gros et plus ou moins femme. Il faut vieillir, prendre de l’expérience et se muscler mentalement pour acquérir ce sens de la nuance.

Le sens de la nuance