L’émergence des idées

Karol Beffa, compositeur

Le problème de la composition, c’est que c’est un luxe qui suppose qu’on ait beaucoup de temps devant soi, pour que l’idée puisse éventuellement venir, ou plutôt pour que vous puissiez évacuer les idées qui paraissent sans intérêt, et essayer de ne retenir que l’idée « bonne ». Il faut une plage de « loisirs » assez longue, où l’idée pourra vous trotter suffisamment longtemps dans la tête pour que ce tri délicat entre les mauvaises et les moins mauvaises puissent se faire. Ce qui laisse entendre que c’est bon de composer le matin, parce qu’on a beaucoup de temps.

Cédric Villani, mathématicien

On a besoin de temps pour laisser les idées se développer. En même temps, il est bon d’avoir des contraintes. Ça peut-être une contrainte de temps, une contrainte physique comme la fatigue qui pèse. Trop de liberté, vous n’y arrivez pas. Ça peut être aussi une contrainte de forme. Dans le cas d’un compositeur, ça peut être la règle de composition qu’il se donne. En mathématiques, cela peut être la volonté de n’utiliser que certains axiomes, ou certaines formes de constructions mathématiques. En vous forçant à explorer quelque chose d’autre, ou en vous mettant une pression, les contraintes jouent un rôle fondamental. Et en même temps, vous avez besoin de liberté.

Cédric Villani, Karol Beffa — D’où nous viennent nos idées et comment évoluent-elles ? La créativité en mathématiques et en musique — séminaire du Collège de France

St-denis