L’entreprise comme être philosophique

Du point de vue philosophique, lorsque vous construisez un système d’information, vous faîtes un travail très conceptuel. Vous êtes un praticien de l’abstraction. C’est-à-dire que vous décidez ce qui va être représenté dans le système d’information, et donc vous décidez, ipso facto, ce qui ne sera pas être représenté.

Parmi les êtres que le système d’information va observer, lesquels sont importants, lesquels ne le sont pas ? Parmi les attributs de ces êtres, lesquels sont importants, lesquels ne le sont pas ? Il y a une abstraction mise en pratique, dans la construction d’un système d’information. Du coup, les techniques de la pensée, qui forment le corps de la philosophie, sont mises en oeuvre sur le terrain, d’une façon tout à fait spontanée, naïve, qui d’ailleurs rencontrent des obstacles :

les entreprises ne sont pas prêtes à admettre que les techniciens de rang sociologique médiocre, que sont les informaticiens, puissent produire des abstractions, alors que sociologiquement, on réserve ces activités d’abstraction au corps des académiciens et des savants reconnus. Or c’est pourtant ce qui se passe.

Le fait que l’entreprise devienne un être philosophique provoque des tensions.

Dans les réunions sur les conceptions de systèmes d’information, on a très souvent des pépins sociologique. On remet en question des relations de pouvoir. Quand on redéfinit les objets, implicitement, on remet en question les frontières de métiers, parce que c’est mal foutu, cela créé des drames.

Là où vraiment, on suscite l’hystérie, c’est lorsqu’on touche à la façon dont les gens pensent, à leurs procédés philosophiques intimes. A la manière dont ils se représentent le réel, et dont ils fabriquent les concepts eux-mêmes. Quand on touche à cela, on a affaire à des crises épouvantables : Les gens se lèvent, se mettent en colère, partent en claquant la porte. Le plus terrible, c’est de remettre en question la manière dont les gens pensent. Et on est bien obligé de le faire parfois.