Les ressorts de la conscience

Pour Freud, le rêve est une expérience consciente. La construction du rêve, ce que le rêveur rêve consciemment, est le fruit d’une construction inconsciente. C’est le travail du décodage de la cure analytique. Quand vous faîtes une libre association, vous la faîtes consciemment. Mais ensuite, vous pouvez vous interroger : pourquoi ai-je dit ce mot après le mot qui précédait ? Et là, dès que vous rentrez dans cette interrogation, vous rentrez dans la recherche de signification, la recherche de sens. Et pas un sens anodin, ou pas un sens qui marche pour votre analyste, ou pas un sens qui marche pour votre voisin, mais un sens qui fasse sens, précisément, à vos yeux, à vous ici et maintenant. Et c’est le ressort essentiel de la conscience.

Une autre façon de le dire : nous venons de vivre un exercice d’évacuation, juste avant de commencer l’enregistrement de cette émission. L’alarme a commencé à sonner, et dans un premier temps, vous m’avez dit : « Lionel, vous avez oublié d’éteindre votre téléphone ». C’est une illustration parfaite de ce qu’est la conscience : au moment où vous percevez la sonnerie, vous ne pouvez pas vous empêcher de construire une signification. C’est irrépressible : « Qu’est-ce que cette sonnerie ? »

Ce qui vous vient à l’esprit, n’est pas un événement qui survient tous les dix ou quinze ans, mais vous êtes dans un studio de radio, et avez quelqu’un en face de vous : il a sûrement oublié d’éteindre son téléphone. Etre conscient, c’est ça. Etre conscient ce n’est pas : premièrement, je perçois les choses et après je vais m’interroger sur leur sens. Non : c’est ce que de manière irrépressible, tout ce qui gagne notre conscience a un statut de sens.

Etre conscient, c’est construire du sens. Etre conscient, c’est avoir un regard sur le monde.

Céleste face au monde
Céleste face au monde