L’humiliation sociale

Le processus de construction de notre cerveau a une histoire. Notre cerveau n’est pas une création ex nihilo. Il s’inscrit dans l’évolution darwinienne. Non seulement nous héritons de tous ces cerveaux, mais nous les recyclons : nous apprenons à fabriquer de nouvelles fonctions avec ce qu’on a sous la main. On fait du bricolage. On hérite, par exemple, d’un système cérébral qui représente la douleur physique : avoir mal est une fonction extrêmement importante, pour que l’organisme puisse s’adapter à une situation de menace (fuir, combattre, etc …)

Pour représenter une nouvelle fonction, par exemple une douleur morale ou une humiliation sociale, quelque chose qui n’existait pas il y a une dizaine de milliers d’années, nous recyclons le système cérébral de la douleur physique, pour coder, représenter dans notre esprit quelque chose qui s’apparente à la douleur, mais qui vient d’une autre dimension, qui n’a rien à voir avec la douleur, et qui provient d’une expérience sociale malheureuse.

Naomi Eisenberger a défini une expérience simple, qui a permis de déterminer cela. Elle s’intéresse à des sujets contrôles, des sujets sains : vous êtes allongés dans une IRM. On vous dit que deux autres sujets sains sont allongés comme vous dans deux autres IRMs, avec la même console de jeux. Sur l’écran, vous vous voyez représenté, vous et les deux autres joueurs. Vous devez vous faire des passes avec une balle. Un jeu de copains. Ce que le sujet ne sait pas, c’est que le jeu commence bien, comme un enfant qui va dans une cours de récréation le premier jour, et qui commence à jouer avec de nouveaux camarades. Le drame de cette expérience, c’est que le sujet qui nous intéresse va être progressivement exclu du jeu. Du point de vue subjectif, cette simple situation va permettre en quelques minutes de faire naître un sentiment d’exclusion, un sentiment d’humiliation sociale. Et l’on peut objectivement mesurer comment le sujet ressent subjectivement cela :

Non seulement, l’expérience permet de recréer en laboratoire une situation de mini exclusion sociale, sur laquelle les sujets s’expriment avec le vocabulaire de la douleur : « ça fait mal », « ça me heurte ». Et lorsqu’on mesure l’activité de leur cerveau, au moment où ils vivent ce sentiment d’humiliation sociale, ils activent le réseau de la douleur, la pain matrix, c’est-à-dire les régions de notre cerveau qui s’activent quand on se brûle, si on a une douleur physique.

Humiliation-sociale