L’intestin, notre second cerveau

Dialogue entre notre tête et notre ventre

Intestin

Notre second cerveau

C’est un thème scientifique qui a 25 ans : cela a été progressivement consacré par l’usage à la fois des chercheurs et des cliniciens, et c’est lié essentiellement à la très grande richesse du tube digestif en neurones. Ce système nerveux est très autonome. Il était donc logique que l’on parle d’un deuxième système nerveux, et donc pour simplifier d’un deuxième cerveau. Le tube digestif est le deuxième organe neurologique de notre corps après le cerveau (le coeur en a aussi). C’est l’organe qui contient le plus de neurones de notre corps humain.

On dénombre environ 100 millions de neurones dans le tube digestif (mille fois moins que le cerveau et dix fois moins que la moelle épinière), c’est-à-dire un petit peu moins que dans le cerveau d’un chat.Si la capacité à s’adapter à un environnement nouveau est la marque de l’intelligence, alors il y a beaucoup de critères qui permettent de dire que ce système nerveux entérique est un véritable organe intelligent.

L’intestin lui-même mesure 6 à 8 mètres. Lorsqu’il est déplié, cela représente en gros la surface d’un cours de tennis, avec ses millions de neurones qui sont là pour contrôler cette peau intestinale extrêmement fragile.

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C’est un système organisé en deux réseaux alvéolaires, qui tapissent le tube digestif, de l’oesophage, en passant par l’estomac jusqu’à l’anus, organisés en deux plexus fonctionnellement différents : l’un, le plexus myentérique qui est intégré dans les parois musculaires du tube digestif, qui contrôle la motricité. Et un autre réseau de neurones identique, le plexus submuqueux, qui lui est intégré dans la muqueuse et qui contrôle les fonctions de cette peau intestinale : absorption des nutriments, mais aussi protection face à l’agression par des agents pathogènes ou nos propres bactéries.

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D’un point de vue évolutionnaire, on pourrait dire que c’est le cerveau originel, puisque c’est le premier cerveau qui a existé et le premier organe : les organismes unicellulaires étaient essentiellement des tubes, donc la fonction essentielle dans une vie, c’est pas de réfléchir mais c’est de se nourrir, l’un n’empêchant pas l’autre. Ces organismes au cours de l’évolution se sont complexifiés et, ce cerveau digestif est resté là où il s’est développé, mais ce n’est qu’après qu’on a besoin de développer des fonctions plus complexes, comme la marche, la pensée … que le cerveau a vraiment pris son ampleur et s’est vraiment développé. Donc c’est un cerveau qui est primitif dans son existence mais néanmoins majeur dans la survie des espèces.

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Le maître mot de notre tube digestif, c’est l’adaptation : il y a eu une adaptation, et il y a sans doute encore aujourd’hui, une adaptation de notre organisme à son alimentation. Elle est heureuse ou pas, mais le maître mot de notre tube digestif, c’est l’adaptation, et notamment même quand il y a des modifications de l’anatomie par exemple, au décours d’une intervention chirurgicale, et bien il y a une adaptation du tube digestif qui fait que les choses mettent un peu de temps, plusieurs mois souvent, à se stabiliser après des troubles post-chirurgicaux.

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Le second cerveau & la maladie de Parkinson

Le lien n’a pas encore été clairement établi. Mais on a remarqué que dans le tube digestif de patients atteints de la maladie de Parkinson, on avait les mêmes lésions que celles existantes dans le système nerveux central. La question qui se pose est de savoir si ces lésions ont eu lieu de façon concomitantes, ou les lésions digestives précèdent les lésions du système nerveux central, et à ce titre-là pourrait être utiles dans la détection précoce de la maladie et une prise en charge différente. C’est une piste de recherche qui est en train d’être explorée.

L’obésité

La motricité du tube digestif va jouer un rôle en favorisant ou en protégeant de l’obésité. Des études montrent que des régimes riches, comme ceux des pays occidentaux, modifient le profil du système nerveux entérique. Par ailleurs, la flore semble être un élément clé dans cette communication entre le ventre et le système nerveux central. On se rend de plus en plus compte, que cette flore est capable d’influencer le comportement (anxiété, dépression, …) par des mécanismes, que l’on connait mal.

Transferts de flore

Si l’on prend la flore d’un animal calme et on la met dans un animal anxieux, ce dernier devient calme. De la même façon, si l’on transfère la flore d’un animal obèse à un animal maigre, ce dernier devient gros. Des expériences ont montré qu’il y a un déséquilibre de cette flore chez les sujets humains atteints d’obésité ou d’inflammations. Cela ouvre des champs de recherche.

Deuxième-cerveau