Musique et extase

La musique est le seul art qui soit impalpable, mais qui en même temps est déterminée par des formes et une durée. Mais elle est insaisissable. Elle a cette immatérialité que Hegel avait souligné déjà, qui lui donne une espèce de transcendance par rapport aux autres.

La guérison de l’âme

Pour les médecins grecques, la santé était d’abord assurée par la nourriture : dis-moi ce que tu manges, je te dirai de quoi tu souffres, ou si tu es en bonne santé. La musique est une nourriture de l’âme, et dans le cas d’un manque de faiblesse de l’âme, elle devient un remède pour l’âme. Comment faire pour que la musique fasse cet effet ? C’est l’intention qui compte. C’est l’intention qui détermine l’effet qu’on en prend : une musique rituelle, qui est prévue pour une certaine fin, si elle est écoutée pour le côté rythmique et pour se dandiner, elle n’aura pas d’effet. Donc, en fin de compte, c’est l’auditeur qui doit faire un pas vers cette musique. Le pas peut se résumer à se laisser porter … l’auditeur verra bien où il va. Le pas serait de lever le pied, et de laisser la musique l’entraîner. Je ne crois pas qu’on puisse dire plus.

Il ne faut pas chercher un avantage immédiat, et même si ce quelqu’un est dans une recherche intérieure, je ne crois pas qu’il puisse poser comme condition en écoutant de la musique : je vais peut-être arriver à ceci ou à cela. Il vaut mieux qu’il se laisse porter, et oublier toutes ses demandes, et puis quelque chose arrive.

les-derviches-tourneurs

Les maîtres disaient à propos de l’extase : elle est absolument imprévisible. Si vous commencez à la rechercher, vous entrez dans les techniques, et c’est autre chose : déjà vous avez un but et vous avez des moyens. Donc il n’y a plus de transcendance. La musique vous touche PAF! à l’imprévu. Ca peut être n’importe où : dans le métro, dans un concert d’agrément, dans une boite de nuit, pourquoi pas.

En tant que musicien, si je fais attention à des musiques que normalement, j’estime pas tellement, tout d’un coup, j’éprouve quelque chose qui me rapproche aussi fort que si c’était une musique spirituelle. On se sent mieux.

Dans les textes anciens, quand on parle de musique, on ne précise jamais de quelle musique il s’agit : est-ce que c’est spécial ? Est-ce que ce sont des instruments particuliers ? Est-ce que ce sont des chanteurs spécialisés ? Est-ce que ce sont des derviches eux-mêmes qui chantent ?

Non. Ils écoutent.

Parfois, on sait qu’ils ont trouvé des musiciens dans la rue. Ils leur ont dit de venir. Cela prouve que c’est la manière d’écouter, beaucoup plus que ce qu’on écoute. Evidemment, l’intention de celui qui joue est très importante aussi. Là aussi, il y a une communication qui s’établit.

Derviche