Mystère

Je fais crédit. Je fais crédit au Monde. Quand je ne comprends pas, je m’accuse moi. Je n’accuse pas le Monde. J’accuse les limites de mon esprit. Je n’accuse pas les limites du Monde. Je suis passé d’une philosophie de l’absurde à une philosophie du mystère.

La philosophie de l’absurde, c’est celle qui dit que lorsqu’on ne comprend pas, c’est qu’il n’y a rien à comprendre. Et que l’Homme est le seul pourvoyeur de sens, pas seulement le gardien du sens comme disait Heidegger, mais le pourvoyeur du sens dans l’Univers. C’est très beau. C’est très flatteur de penser cela, car cela donne une immense importance à l’Homme et à la conscience.

Mystere

Je pense exactement l’inverse. Je suis dans une philosophie du mystère : quand le sens ne m’apparaît pas, cela ne signifie pas qu’il n’existe pas, d’autant plus que mon expérience du Monde me livre des promesses de sens, des scintillements de sens : dans l’expérience artistique, parfois dans un sourire, l’étonnement devant une naissance, …

(Profonde respiration)

Voilà ! Être dans une philosophie du mystère, c’est supposer que le sens est possible et se dire que c’est peut-être moi qui ne le saisit pas, car je suis limité et fini.

Et on fait crédit.