Percevoir

Abyss

Les scientifiques vous disent qu’on a un cerveau perceptif et un cerveau spéculatif. Le cerveau spéculatif, c’est tout ce qui est de l’ordre intellectuel. Le cerveau perceptif, c’est tout ce qui est d’ordre intuitif. C’est celui-là qui est sollicité au moment d’une transe chamanique. C’est celui-là qui nous donne accès à ces informations et qui nous donne, peut-être on peut dire, une perception augmentée de la réalité.

Alors, oui, il y a des outils pour développer : la méditation, le yoga, enfin toutes les techniques orientales ne nous ont pas attendues pour développer ce genre de choses, et qui vont nous permettre petit à petit d’accéder à l’état de transe. Mais, nous avons d’autres outils chez nous : la marche en forêt, dessiner pendant des heures … A partir du moment où l’on perd la notion de temps — on se dit : « il s’est passé trois heures, j’avais l’impression qu’il s’était passé une demi-heure » —, on sait qu’on a vécu un état modifié de conscience. C’est la première marche.

Grâce à ces états modifiés de conscience, il semble qu’on accède à des capacités du cerveau qu’on n’a pas dans un état normal. Je travaille aujourd’hui avec des scientifiques, pour essayer de pratiquer ces états modifiés de conscience, de les provoquer, et d’étudier le cerveau pour voir ce qui s’y passe, et pourquoi dans cet état, on a des capacités qu’on n’a pas ou peu dans un état normal.

C’est le cerveau limbique, toutes les zones perceptives du cerveau, les zones anciennes, qui se mettent en évidence, tout cela parce que la pratique de la transe provoquerait une vasoconstriction cérébrale, qui prive certaines parties du cerveau d’oxygène. Certaines parties du cerveau supporte mieux cette privation d’oxygène que d’autres, et notamment les parties anciennes, les parties perceptives.

Ce qui expliquerait (c’est toujours au conditionnel) que dans cet état-là, on ait des perceptions qui seraient différentes que dans un état normal : on a par exemple plus de force que dans un état normal, on ne ressent la douleur que pour sa valeur absolue ; elle n’est pas amplifiée par le mental.

C’est comme si le mental finalement était un petit peu en arrière-plan, et du coup, il n’est pas là pour diriger nos perceptions. Pour dire : « aïe, ça, ça fait mal », ou « je n’ai pas la force de faire cela », et du coup, on a une véritable expression des capacités physiques.

 


 

Pierre-Philippe Cadert – A première vue

Abyss, Transe