Souffle

Comment peut-on vouloir s’affranchir de ce Monde matériel en tant qu’illusion, et de le faire à travers une pratique du corps alors que le corps participe lui-même de ce Monde ? On a vite fait de déceler là une contradiction. Dans cette perspective, la notion de Souffle n’est quand même pas essentiel, dans la mesure où le Souffle, c’est notre respiration bien entendu, mais on sait que le Souffle a à voir avec ce qu’on a traditionnellement appelé l’âme ou l’esprit. Comme si c’était le pont, si l’on peut dire, entre les deux ordres de réalité.

Âtman, c’est l’âme et ça a donné atmosphère en Grec, et donc l’idée de souffle physique, de vent. On dit dans le Yoga Vasishtha, qui est un très grand texte non dualiste du Moyen-Âge, que le mental suit les courants de sensations, comme le cavalier suit son cheval : Le cheval peut aller de lui-même, mais ce sont les courants de sensation qui guident à ce moment. Ou alors, le cavalier peut indiquer une direction. Il ne fait pas le travail mais il donne une direction. A ce moment-là, c’est le mental qui guide.

Souffle

Il y a une inter-relation entre les deux, et en Yoga, on a bien compris cela : on ramène les courants de sensations dans trois canaux principaux : le canal central qui monte du bassin jusqu’au troisième oeil, et les deux canaux latéraux qui, pour faire simple, montent des hanches vers le troisième œil au milieu du front.

A ce moment-là, c’est comme un travail de drainage d’un marécage, que je fais depuis assez longtemps maintenant : quand il n’y a pas de canaux de drainage, l’eau stagne dans le marécage. Mais quand on fait des canaux de drainage, elle peut couler naturellement et le marécage peut devenir un champ cultivable, parce qu’il est organisé : l’eau d’un côté, la terre cultivable de l’autre.

En temps normal, quand on sent notre dos sans avoir fait ce travail, on a des tas de sensations qui vont dans tous les sens. Et c’est un peu un marécage car elles ne vont nulle part. C’est une sorte de chaos, de marais. Alors que lorsque ces trois canaux sont ouverts, à ce moment-là, constamment, les sensations sont absorbées dans ce mouvement qui monte vers le haut, et le mental est vraiment calme.